Combien de mots faut-il pour parler anglais ?

Courbe de couverture montant vers 6 000 mots, entourée des mots anglais les plus fréquents

Un francophone ne part jamais de zéro en anglais : des milliers de mots se comprennent d'emblée, parce qu'ils viennent du français. Mais ce sont ceux qu'on lit dans les journaux, presque jamais ceux qu'on entend dans une conversation. Ce qui compte n'est donc pas combien de mots vous connaissez, mais lesquels.

Combien de mots anglais connaissez-vous déjà ?

Après 1066, le français est resté la langue de la cour et de l'administration anglaise pendant trois siècles. L'anglais en a gardé une couche entière : government, justice, question, village, danger, science, table, message. Les suffixes se transposent aussi, et une seule règle vous donne des centaines de mots. -tion reste -tion, -able reste -able, -ité devient -ity.

Un capital mal placé

L'anglais a emprunté au français pour le droit, l'administration et les sciences. Les mots partagés se concentrent donc dans le registre soutenu, celui de l'écrit. Le vocabulaire du quotidien, lui, est germanique et n'a aucun cousin français : get, take, put, make, keep, let, run.

Ce sont les verbes qui composent les phrasal verbs, et ils occupent le sommet de la courbe de fréquence. D'où ce paradoxe bien connu des francophones : lire le Guardian sans dictionnaire et bloquer sur I'll get round to it.

Que couvre chaque palier en anglais ?

Les linguistes mesurent le vocabulaire en taux de couverture : la part des mots que vous reconnaissez dans une conversation ou un texte. Les travaux de Paul Nation donnent des chiffres stables.

Familles de motsCouverture de l'oralCe que ça permet
1 00085 %Échanges simples sur des sujets familiers
3 00095 %Séries sous-titrées, conversation avec des trous
6 000 à 7 00098 %Films sans sous-titres, radio, journée de travail
8 000 à 9 00098 % à l'écritRomans et presse sans effort

Le passage de 95 % à 98 % compte bien plus qu'il n'y paraît. À 95 % vous butez sur un mot inconnu toutes les deux ou trois phrases, et c'est souvent celui qui porte le sens. À 98 % les trous deviennent assez rares pour que le contexte les comble. C'est ce qui explique une frustration classique : suivre son manuel sans difficulté et ne rien comprendre à une série. Les manuels ne sortent guère des 2 000 premiers mots.

Les faux amis coûtent plus cher qu'un mot inconnu

Un mot inconnu, au moins, vous arrête : vous le cherchez. Un faux ami vous laisse continuer avec le mauvais sens. Actually ne veut pas dire actuellement, eventually ne veut pas dire éventuellement, library n'est pas une librairie, sensible veut dire raisonnable, attend veut dire assister.

Ils sont une centaine, tous fréquents, et ils se comportent différemment des autres mots : ils ne s'effacent pas, ils rechutent. Vous les tenez deux semaines, puis le sens français reprend le dessus. Le test qui compte va du français vers l'anglais : il faut que « en fait » déclenche actually et pas currently.

Reconnaître n'est pas savoir dire

Les chiffres ci-dessus décrivent la reconnaissance. Comprendre six mille mots ne veut pas dire pouvoir en produire six mille. L'écart est plus large chez un francophone que chez la plupart des autres apprenants, à cause du fonds commun : vous reconnaissez substantial sans effort, et au moment de parler vous sortez big.

Comprendre un mot quand vous le lisez et le retrouver quand vous voulez parler, ce sont deux choses différentes. Si vous comprenez tout mais restez bloqué dès qu'il faut faire une phrase, ce qui vous manque, c'est l'entraînement dans l'autre sens : partir du français et retrouver le mot anglais.

Pourquoi lisez-vous mieux que vous n'entendez ?

En français, toutes les syllabes s'entendent. En anglais, chaque mot a une syllabe frappée fort, et les autres sont avalées. Comfortable ne se prononce pas « com-for-ta-ble » mais « keumf-teu-beul », et going to devient gonna.

Un mot appris à l'écrit arrive donc à l'oreille sous une forme que votre mémoire n'a jamais enregistrée. C'est pour cela que deux francophones ayant le même vocabulaire écrit peuvent avoir un niveau d'écart à l'oral. Si vous apprenez sur des listes, ajoutez le son dès le départ. Après coup, il faudrait tout réapprendre.

Par où commencer

La courbe de fréquence de l'anglais est très raide. The, be, to, of, and sont partout, tandis que l'immense majorité des 170 000 entrées du dictionnaire n'apparaît presque jamais. Apprendre d'abord les mille mots les plus fréquents apporte plus de compréhension que trois mille pris au hasard.

Les listes thématiques ne valent que si elles sont, elles aussi, triées par fréquence : les mots utiles de chaque thème en premier. C'est le principe des 6 000 mots d'English Progress, classés par fréquence réelle et regroupés par thème.

Le rythme

Dix mots par jour, cinq minutes plus les révisions qu'ils déclenchent, vous font franchir le cap des mille mots en moins de quatre mois, et des trois mille dans l'année. Le goulot d'étranglement, c'est l'oubli : il travaille plus vite que vos dix mots quotidiens.

Trente mots par jour semblent une bonne idée pendant deux semaines. Puis la charge de révision triple, la séance dépasse vingt minutes, et l'habitude lâche. Chaque mot ajouté aujourd'hui engage des révisions pour les mois à venir. C'est là qu'intervient la répétition espacée : elle place chaque révision juste avant l'oubli, et le total grimpe au lieu de fondre.

Sources

Apprenez les 6 000 mots anglais les plus fréquents, 5 minutes par jour.

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